Jeunes Mineurs isolés en danger à Nantes : une pétition d’alerte adressée aux institutions

Le 4 avril dernier s’ouvrait à Nantes la Maison de l’Habitant se voulant « un nouvel outil pratique, pour une ville plus facile au quotidien, au service de tous les habitants de la métropole » comme on peut le lire sur le site de la mairie de Nantes. L’occasion, pour Johanna Rolland présidente de Nantes Métropole et maire de Nantes – qui n’en rate pas une pour nous servir sa prose mielleuse et consensuelle – d’affirmer qu’ « il est essentiel d’accompagner le parcours de chacun, pour trouver le logement qui lui convient le mieux« . En écoutant cela, on s’imagine déjà détendu.e et dînant entre ami.e.s autour d’une bonne bouteille dans un loft spacieux du centre-ville digne de Maisons et Travaux.

Dans la vraie vie nantaise, c’est, pour le moins, un peu plus nuancés. Deux jours après cette belle inauguration consensuelle, une squat de mineurs isolés se faisait violemment expulser au petit matin par les forces de l’ordre à coup de bélier dans la porte, mettant à la rue une vingtaine de jeunes mineurs à peine réveillés sous les regards hilares et les remarques racistes des policiers. Curieuse application, en effet, des principes du projet métropolitain en matière de logement stipulant que « quelles que soient ses ressources, chaque habitant doit pouvoir accéder à un logement répondant à ses attentes et ses besoins » (Programme local pour l’habitat de Nantes métropole. 2014-2018, p.3).

 

La véritable raison de cette expulsion brutale du plus vieux squat de jeunes migrants sur Nantes ? « L’application de la loi » a dit la Préfecture, droite dans ses bottes. Quel droit ? Celui que nie les pouvoirs publics aux expulsés du squat en refusant d’appliquer le droits à l’accueil et à la mise sous protection tous mineurs présents sur le territoire tel que l’exige la Loi française et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ? Car ces mineurs isolés qui ont connus déjà tant de souffrances, d’exclusions et d’expulsion depuis le départ de leur pays ne demandent que la stricte application de la loi : la protection minimum prévue par la loi. Face à la surdité insuportable des pouvoirs publics, ils se sont organisés en collectif (voir ici leur manifeste ). 

Ce début avril était donc une semaine de mobilisation avec un rassemblement et une manifestation publique pour réclamer leur droit. Sans doute comme une manière de dire ce qu’en pensaient les représentants de l’État, la veille le mardi 4 avril, une véritable rafle était organisée dans le centre ville de Nantes où sur réquisition du procureur de la république, les flics ont interpellé une quinzaine de MIE à la croisée des trams pour des vérifications de situation administrative. Ainsi, la veille de la manif et de l’assemblée générale prévues ce mercredi 5 avril à Nantes, la justice et la préfecture ont donc décidé de frapper fort pour casser le mouvement de solidarité et d’auto-organisation de ces jeunes réfugiés. Selon le site de Ouest-France, c’est 15 ou 16 personnes qui ont été embarquées pour procéder à des vérifications de situation administrative. Le lendemain de cette manifestation qui avait redonné de l’espoir a beaucoup de jeunes mineurs isolés, la police a donc récidivé en expulsant brutalement les jeunes de leur logement précaire. Ce même jour où dans les salons feutrés de la mairie, Johanna Rolland, encore elle, en recevant l’un des exemplaires de l’Encyclopédie des Migrants évoquait sans gêne « la place que les migrants occupent dans notre société, ce qu’ils apportent. », osant même rajouter « Dans une période où certains veulent ériger des murs, nous devons dire pourquoi nous voulons ériger des ponts. » (Voir ici.).

On a beau chercher mais on aura bien du mal à retrouver dans ces événements la moindre trace de « la tradition d’accueil à la nantaise » tant mise en avant dans le projet de la Métropole 2030, ni  le sentiment qu’il s’agit là « d’accompagner le parcours de chacun, pour trouver le logement qui lui convient le mieux »  comme le disait haut et fort Johanna Rolland deux jours auparavant ? Est-ce ça « une ville ouverte sur le monde » ? Où trouve-on dans cette affaire la « bienveillance naturelle à l’égard des nouveaux venus que l’histoire a légué » ( Le projet 2030 – Ma ville demain) comme on le ressasse dans les beaux salons socialistes  ou «cette volonté de vouloir ériger des ponts » face à ceux qui veulent « ériger des murs »?

Derrière ces beaux discours qui construisent le récit d’une « métropole solidaire, ouverte, curieuse et innovante », se perçoit surtout la réalité crue de la manière dont on traite les victimes des politiques néo-libérales, ces politiques qui, là-bas, poussent des mineurs à un exode terrible, celles qui, ici, réorganisent et soumettent les grands centres urbains à une gentrification qui en excluent les classes populaires. Un espace urbain nantais devenu ainsi un grand espace de spéculation immobilière orchestré brillamment par la Samoa en faveur des grands groupes de BTP et autres bétonneurs fricotant avec le pouvoir socialiste. Une métropole dégorgeant de richesse qui, en attendant les touristes qui suivront béatement des lignes vertes ou roses, pourchasse avec sa police municipale toutes traces de pauvreté venue d’ici et d’ailleurs. Bref, une métropole qui expose, pour ceux et celles qui veulent faire un pas de côté, en réalité sans fard les liens inextricables entre ce capitalisme prédateur et la question migratoire.

Sur le terrain, depuis ce mois d’avril, la situation n’a cessé de se dégrader et c’est aujourd’hui 230 mineurs recensés qui sont laissés à la rue, à ses souffrances et à ses dangers, abandonnés par l’État et les collectivités. 230 trente jeunes Interdits d’école, des dispositifs d’urgence sociale pour s’alimenter, de transports publics, quasiment interdits d’hébergement d’urgence. la mairie de Nantes a beau s’efforcer de communiquer sur la mise en place dans un vieux lycée d’un accueil de jours pour jeunes mineurs isolés avec seulement deux pauvres éducateurs pour tenter de faire face à une telle situation, son indigence et son irresponsabilité a bien du mal à être cachée. On ne s’attardera pas sur le projet de « Labellisation saison des droits humains » lancé par la ville et la métropole nantaise consistant à mettre en avant certains événements culturels qui abordent des thèmes liés aux droits humains avec, comble de l’ironie, ou de l’hypocrisie – c’est comme on veut – le thème : « Histoire, mémoire et actualité des migrations »… Comment vous dire? Les mots nous manquent..

Face à ce scandale, depuis deux mois, un réseau d’hébergeurs solidaires de plus de 200 personnes tentent avec leurs maigres ressources personnelles de palier les manquements et la mesquinerie des collectivités en s’organisant pour offrir un hébergement à ces jeunes mineurs isolés mis en danger. Par ces actes de solidarités et de résistances, ce sont bien ces personnes solidaires qui portent cet « attachement à la tradition d’accueil et d’ouverture au monde qui caractérise le territoire » dont se gargarisent tant les élu.e.s socialistes nantai.e.s. Ceux-là mêmes qui votent, appliquent ou cautionnent les politiques xénophobes de Manuels Valls qui a porté ces dernières années  la logique d’expulsion et de répression contre les migrants à son plus haut niveau et ceux-là-même qui l’ont encore soutenu lors de la primaire de la Gauche ?

Aujourd’hui, ces personnes et des associations de Nantes et de Loire-Atlantique révoltés par cette situation intolérable interpellent les pouvoirs publics dans un appel que nous relayons  ici sous forme de pétition que nous vous invitons à signer et à faire signer.

Le CNCA-Nantes nécropole.

Pour plus d’info, le site des Hébergeurs solidaires : http://hebergeurs-solidaires-nantes.strikingly.com/

 

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