Les grands débats de Johanna Rolland ou la communication institutionnelle à l’assaut de l’espace public

Johanna Rolland nous l’a dit à son arrivée à la tête de la mairie et de la métropole nantaise : désormais, les politiques publiques seront « co-produites » avec les nantaises et nantais en les associant aux grands projets de son mandat. La nouvelle maire de Nantes a promis ainsi d’organiser une série de grands débats citoyens tout au long de son mandat. « Le dialogue à la nantaise se met en place » (1) nous assure-ton. Vraiment ? Pourtant, ce coup-là, ça fait longtemps que Jean-Marc Ayrault nous l’a déjà fait et au regard de ce qu’il en a été réellement (2), on est en droit de regarder tout ça d’un peu plus près.

C’est ce qu’on a été faire en allant à la « Grande journée citoyenne » (3) clôturant le premier « grand débat » organisé par nos édiles locales et intitulé «Nantes, la Loire et nous ». Soyons clair dès le début : il ne nous a fallu pas beaucoup d’investigation pour saisir que ce débat avait comme but implicite de faire passer l’idée de la nécessité d’un nouveau pont enjambant la Loire. En effet, depuis que le bon peuple s’arroge le droit de se mêler impoliment des questions d’aménagement du territoire comme à Notre-Dame-des-Landes, il est nécessaire de travailler un peu le message pour faire passer les choses. Et c’est précisément le but politique de ces « grands débats » opérant à trois niveaux : 1. la saturation de l’espace public par une communication institutionnelle autour de cette fameuse « co-construction », 2. se prémunir de l’éclosion de toute parole collective rétive aux projets imposés par nos chers politiques et autres bureaucrates du développement économique. Et enfin 3. la construction de toutes pièces par des professionnels de la communication d’une parole publique qui sait enfin s’accorder parfaitement avec les désirs des pouvoirs en place. Récit donc de cette « grande journée citoyenne ».

C’est indéniable, cette journée avait l’arrière-goût du sacrifice : passer un beau samedi de la fin mai enfermé n’avait rien de bien motivant. Mais c’était sans compter l’enthousiasme et la fougue de cette petite équipe de Missions Publiques, entreprise de communication parisienne spécialisée « dans les démarches qui visent à mettre en mouvement les citoyens, les élus et les parties prenantes à faire émerger l’intelligence collective dans un processus de co-production », autrement dit à réconcilier le citoyen réfractaire avec le personnel politique. Cette réconciliation n’allant pas de soi en ces temps ingrats, elle demande une véritable méthode présentée ici par le menu.

Première étape : cadrer préalablement ce dont aurait envie de parler le citoyen, des fois qu’il aurait des idées saugrenues comme parler de ses problèmes quotidiens ou critiquer le personnel politique. Non, ici les sujets sont bien clos et formulés dans la novlangue techno-socialiste autour de quatre thèmes. On nous fait glisser ainsi, sans trop de subtilité, vers cet incompressible mais encore inconscient besoin de construire un nouveau pont depuis l’inoffensif « Loire, des pratiques et des usages » jusqu’au crucial « Loire, cœur métropolitain, attractivité et qualité urbaine » en passant par l’incontournable « Loire, mobilité et franchissement ». Histoire de nous faire disjoncter le cerveau comme dans un show télévisé clinquant, ces thèmes sont introduits par un clip vidéo agressif (une image-cliché de Nantes toutes les trois secondes) qui, en cinq minutes chrono, matraque à la fois le sujet du thème, les enjeux et l’avis des experts. On en sort la tête à l’envers avec des yeux de harengs frits…

Seconde étape : le quart d’heure « citoyen ». Après cette tornade d’informations et de points de vue dominants introduisant chacun des quatre thèmes, le brave quidam soucieux de la vie de sa cité est donc invité à débattre vingt minutes avec ses sept autres camarades de tablée. Bien sûr, il ne restera rien de ces propos, hormis les seules réponses aux questionnaires à remplir lors des cinq dernières minutes du temps imparti. Heureusement, car la discussion s’est bien souvent égarée sur des chemins imprévus : le débat sur les usages de la Loire s’est transformé en une discussion à bâtons rompus sur les stratégies et solutions de chacun face aux bouchons automobiles qui asphyxient quotidiennement l’agglomération et nos poumons urbains. Il a fallu bien du courage à l’agent municipal devenu pour l’occasion « facilitateur  de discussion » pour tenter de faire revenir au vrai sujet, celui qui devait nous amener inéluctablement vers ce pont tant désiré. Prise de pitié envers ce préposé au recadrage dont le niveau de stress ne cessait de monter, la tablée s’est résolue à remplir le questionnaire qui devait donc clore et résumer le débat. Bref, rien à voir avec ce dont nous avions discuté…

 

Troisième étape : Éviter toute expression collective qui pourrait échapper à l’élan enjoué vers ce fameux pont. Il nous était imposé de changer de table à chaque thème, nous retrouvant ainsi à chaque fois avec de nouvelles personnes inconnues. La construction d’un point de vue collectif et déviant du chemin tout tracé par la boîte de com’ s’est avéré tout simplement impossible. Pourtant, lors du deuxième thème – « Loire écologique, Loire économique » -, nous avons eu un bel échange avec mes nouveaux camarades de table d’où a surgi un témoignage sur la pollution des sols du quartier du Bas-Chantenay, en pleine gentrification mais situé près d’une zone Seveso, et dans lequel les enfants sont un peu plus malades qu’à leur tour. Un autre évoquait l’arrêt d’un jardin collectif en pleine ville pour cause d’une pollution au plomb du terrain cultivé. N’ayant aucun sens de la mesure, une autre a même évoqué l’idée qu’un collectif citoyen indépendant pourrait mener un état des lieux de tous les endroits pollués sur Nantes. Un enthousiasme joyeux a ainsi porté cette discussion ouvrant sur la possibilité d’une réappropriation collective des problèmes écologiques. Las ! Agacé de l’outrecuidance de notre indésirable digression, le « facilitateur de discussion » nous a indiqué qu’il restait cinq minutes pour répondre au second questionnaire sur « les nouvelles filières énergétiques à développer » (une seule réponse possible) ou sur « quel secteur économique est à privilégier grâce à la Loire » (deux réponses maximum). Autant dire que notre enthousiasme collectif a fait long feu…

La dernière étape de cette magistrale méthode pour « reconquérir les citoyens qui doutent des pratiques politiques » (4) est l’utilisation de la technique du sondage issue des questionnaires pour produire cette fameuse « parole citoyenne » sous la coupe permanente des communicants recadreurs. Évidemment, l’orientation des questions formulées dans cette langue technocratique porte et impose la vision du monde et les intérêts des dominants : croissance économique comme seule visée politique, mâtinée d’une petite dose de greenwashing branché pour faire taire les grincheux. Une vision du monde inquiète de « concilier une centralité métropolitaine réaffirmée autour de la Loire » pour qu’elle devienne « une terre d’innovation écologique et de développement économique » (1 réponse possible). Ou encore une vision empreinte du souci de « la production d’un nouveau paysage novateur des bords de Loire du 21ème siècle et des usages innovants » (2 réponses possibles). Même les plus enthousiastes de mes différents camarades de table se sont agacés de ce carcan idéologique, comme ce futur architecte besogneux s’exclamant « mais y’a vraiment pas de nuances, ça m’agace cette manière de poser les questions… » Désabusée par de telles contraintes, l’échange de la tablée a préféré se terminer en écoutant poliment la plus âgée évoquant sa préférence pour le projet de la reconstruction d’un antique pont suspendu lui « rappelant sa jeunesse ». Même le rapport final de la commission du débat, pourtant peu suspecte d’être en opposition avec la démarche, s’est irrité d’un tel cadrage avec un euphémisme très poli : « la séance de travail sur la préparation des questionnaires a été à notre sens insuffisante pour s’assurer de la pertinence des questions », soulignant également la mainmise de la boîte de communication Missions Publiques sur tout le déroulement et les interventions du débat (5).

Cette journée bien orchestrée conduit donc à des conclusions dictées sur le fameux pont, sous couvert de forum large, ouvert, censé écouter les avis spontanés et imprévus. Qu’importe, puisque tous ceux et toutes celles qui ont participé ont bien compris en fin de journée que l’essentiel se décide ailleurs. Le mois précédent, les instances technocratiques de la métropole nantaise avaient publié six projets de franchissements de la Loire dans une double page, la plupart assez farfelus quand aux enjeux avancés, sauf un. Miracle ! C’est celui qui a les faveurs des décideurs. Une manière de conclure le débat avant son commencement et d’indiquer la valeur réellement accordée à la participation citoyenne.

Deux consolations quand même ! La première est l’échec patent de « la promotion de la capacité citoyenne » : bien que la maire, dans un déni de réalité, continue à revendiquer la grandiose participation de 500 personnes à cette journée (6), seules 261 personnes sur les 5000 contactées ont péniblement répondu présentes pour participer à ce grand cirque. Un manque d’intérêt de la population nantaise pour cette initiative souligné par la presse locale (7). La seconde : le repas délicieux et gourmand du midi. Comme quoi, à Nantes, quoiqu’on en dise, on sait mieux renouveler le vieil adage « du pain et des jeux » que la débat démocratique…

Max Bossis

  1. Nantes Passion Mai 2015, p. 14 et 15.
  2. « Impasse des Citoyens. Piège à consultatifs », La lettre à Lulu, n°47, Décembre 2004
  3. Cette Journée Citoyenne du 30 mai dernier achevait huit mois de matraquages publicitaires sous tous les supports possibles et imaginables pour « reconnecter la ville à son fleuve » et développer « la promotion de la capacité citoyenne ». Un grand raout qui aura quand même coûté la bagatelle plus d’un demi-million d’euros.
  4. « Nantes, La Loire et Nous, Rapport final par la Commission du débat », p. 17.
  5. Ibid.
  6. « Nantes réinvente la démocratie participative », Public Sénat, 5 juin 2015.
  7.  : 20Minutes Édition de Nantes du 1er juin 2015.
Cet article est une version modifié d’un article paru initialement dans le numéro 137 de la revue de critiques sociales CQFD de novembre 2015 sous le titre « Concertation à la nantaise ».
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Non au démembrement de la cité jardin à Chatenay malabry

Nous relayons ici un appel d’un Collectif d’habitant-e-s de la cité-jardins de la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry qui font face, ici comme ailleurs, à la gentrification des espaces urbains populaires au nom de la mixité sociale et de la lutte contre la vétusté des logements sans se soucier du devenir des populations les plus fragiles…

Le CNCA

 

« Les habitants constitués en Collectif en appellent aux architectes, urbanistes, professionnels de l’habitat, et militants écologistes, pour les aider à s’opposer à un projet de transformation qui se soldera par la disparition d’un « grand ensemble » témoin d’une conception humaniste exceptionnelle dans l’histoire de l’habitat populaire en région parisienne.

 

La cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, qui compte quelques 3 800 logements répartis dans un écrin de verdure de plus de 70 hectares, est menacée de disparition.

Chatenay-Malabry cite-jardin Butte Rouge carte postale ancienne Place Jean-Allemane, entree du groupe scolaire

Modèle historique d’urbanisme social humaniste, cet ensemble d’habitations a été conçu pour les classes populaires sous l’impulsion d’Henri Sellier, administrateur-délégué de l’Office des Habitations à Bon Marché, puis membre du gouvernement du Front Populaire.

Inspirée du mouvement des « cités jardins », et imaginée par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutte, Paul Sirvin, André Arfvison et le paysagiste André Riousse, sa construction s’est échelonnée en 7 tranches entre 1931 et 1965.

Citée en référence dans les écoles d’urbanisme et d’architecture, et visitée à ce titre par des étudiants du monde entier, la Cité Jardin de la Butte Rouge, est un modèle exemplaire d’urbanisme populaire. Inscrite à l’inventaire général du patrimoine culturel du XXième siècle, la Cité-Jardin de la Butte-Rouge ne bénéficie cependant d’aucune protection. 

« Grand ensemble » de faible densité, composé de bâtiments de petite dimension, de jardins ouvriers, de places, d’espaces verts et de services publics, la « cité-jardin de la Butte Rouge » permet aujourd’hui à plus de 9 000 habitants à revenus modestes de vivre dans un cadre de vie dont la composition urbanistique et paysagère aurait pu être qualifiée – avant l’heure – de véritable “éco-quartier”.

Les cités jardins sont le témoignage vivant d’une conception de l’habitat social à ce jour indépassée, qu’il s’agit de faire évoluer, et non pas de détruire, réduire ou muséifier.

La municipalité de Chatenay-Malabry et l’OPHLM Haut de Seine Habitat argumentent d’une absence de mixité pour détruire un tiers de la cité afin d’y construire des logements en accession à la propriété, et réhabiliter un autre tiers en rehaussant le bâti et en augmentant les loyers du simple au double. Le dernier tiers, objet d’une réhabilitation intérieure, serait maintenu dans la catégorie de logements sociaux qui est celle de toute la cité aujourd’hui.

La consultation d’un échantillon de 300 personnes par une société de conseil, et la nomination par le Préfet d’un « Conseil Citoyen », sert d’alibi à la municipalité. Elle ne peut cependant valoir sérieusement de concertation pour les 9 000 habitants dont le projet viendra bouleverser les vies.

Avec un revenu médian autour de 13 000 euros par an, la population qui habite actuellement la cité – depuis parfois des décennies – aura en effet  du mal à trouver sa place dans ce nouveau projet.

La population de la Butte-rouge est pourtant socialement bien plus mixte que celle des logements de standing qui poussent partout ailleurs à Châtenay-Malabry, sauf à prendre pour unique critère de mixité sociale les aspirations à la propriété des catégories socio-professionnelles dites moyennes, ou les loyers privés auxquels les habitants de la Butte Rouge ne peuvent prétendre.

Plus de 20 ans après le dernier chantier de travaux mené de manière erratique (1984 / 1994), la Cité-Jardin de la Butte Rouge a en effet vieilli, et a besoin d’une réhabilitation de son bâti.

Nous souhaitons que cette réhabilitation soit douce et exemplaire, sans démolitions, et qu’elle ait lieu en préservant l’architecture extérieure, l’ensemble des espaces verts, sans hausse de loyer, en concertation avec les habitants actuels et dans le respect de leurs souhaits et intérêts.

Les habitants constitués en Collectif en appellent aux architectes, urbanistes, paysagistes et militants écologistes, pour les aider à s’opposer à un projet de transformation qui se soldera par la disparition d’un « grand ensemble » témoin d’une conception humaniste exceptionnelle dans l’histoire de l’habitat populaire en région parisienne.

Au-delà, le projet de réhabilitation / destruction / démembrement de la cité jardin de la Butte Rouge de Châtenay-Malabry soulève des questions éthiques, politiques et sociales auxquelles nous vous invitons à réfléchir.

Nous pensons pour notre part, qu’il est nécessaire de préserver au sein de nos villes des espaces qui permettent aux catégories sociales les moins aisées de bénéficier d’un cadre de vie qui favorise un épanouissement social qui ne saurait être réservé aux catégories sociales moyennes et supérieures.

Nous pensons que la précarité socio-professionnelle des catégories les plus populaires ne doit pas s’accompagner d’une précarisation de leurs conditions de logement, ni de leur bannissement du «Grand Paris » .

C’est pourquoi nous vous invitons à signer cet appel et à le relayer dans vos réseaux par les moyens dont vous disposez  (tribunes et publications dans des revues spécialisées, écoles … .

Nous sommes à votre disposition pour vous faire visiter le site et partager avec vous vos réflexions et propositions. »

Contact : citebutterouge@gmail.com

 

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A Nantes, dimanche, ça bouge dans la rue !!!

Toutes et tous dans la rue le jour du 1er tour !

Plusieurs rendez-vous sont proposés place Bouffay, pour se retrouver en dehors de l’isoloir, ce dimanche, premier tour des élections :

12h : Atelier de préparation de banderoles, pancartes, drapeaux, pour la Bandrolerie

14h : Lancement de la Grande Bandrolerie

18h : On se retrouve toutes et tous dans la rue

Plus d’infos sur les différents événements: https://nantes.indymedia.org/articles/37447

On as choisis de relayer ci-dessous l’appel à la Grande Bandrolerie :

Le 23 avril venez toute.s au Grand Jeu concours d’accrochage de banderoles !!

Si ce que tu as à dire ne tient pas dans une urne, si tu es plutot banderole que bulletin de vote, si malgré tous tes efforts tu n’as pas réussi à faire rentrer ta banderole dans l’urne, si toi aussi tu as décidé de ne pas aller voter et de le dire haut et fort, si les jours d’élections te dépriment, si toi non plus tu ne veux pas choisir tes maitres parce que tu n’en veux aucun.e.s, … viens jouer en ville avec nous !

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Une chanson pour l’abstention

Ne votes pas !

(sur l’air de Santiano)

C’est une étrange campagne, ça pourrait être drôle
Abstiens-toi ! ne votes pas !
Quand je vois toutes leurs guignol’ries
J’ai envie d’me barrer d’ce pays

REFRAIN
Les médias nous bassinent depuis 5 longs mois
Abstiens-toi ! Ne votes pas
D’y penser j’en ai la nausée
Éteins ta télé et viens chanter !
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Migrations, exodes et capitalisme

Nous assistons aujourd’hui à un phénomène d’exodes d’habitant.e.s de pays détruits par la guerre, par la misère ou la famine, par la violence répressive, ou bien souvent par le chaos dû à l’accumulation de plusieurs de ces facteurs. N’ayant guère d’autres choix, ces personnes prennent alors la route pour tenter de trouver refuge dans des endroits plus vivables.

Ce phénomène touche tous les continents ! Les pays riches et encore en paix sont le plus souvent le but à atteindre, bien qu’ils tentent généralement de refouler et de décourager par tous les moyens à leur disposition celles et ceux qui, tentant de survivre, se retrouvent sur ces routes de l’exil.

 

Une histoire commune.

Bien que les nouvelles sur le sujet en provenance des parties du monde éloignées de l’Europe occupent bien peu de place dans nos médias, cette situation d’exil est mondiale et découle d’une Histoire commune. Elle est, en effet, la conséquence naturelle d’un passé et d’un présent entièrement dédiés au développement du capitalisme, système économique hégémonique, aujourd’hui adopté par toutes les grandes puissances mondiales.

Depuis la découverte des autres continents par les pays européens, ce système économique (et sa gestion par des banques) a – petit à petit, secteur par secteur, territoire par territoire – fini par balayer ou pervertir toutes les autres formes d’organisation des peuples à travers le monde et les modes d’échanges commerciaux qui existaient avant lui, ainsi que les systèmes traditionnels de gestion des territoires ancestraux (et donc des ressources agricoles et minières…). Et les migrations massives d’aujourd’hui ne sont en fait qu’un aboutissement logique de ce développement commencé il y a des siècles, mais toujours en cours depuis, et toujours aussi gourmand et corrupteur. Après avoir découvert ces terres plus ou moins éloignées et accessibles, l’envahisseur occidental, bien armé et organisé, se les est appropriées, les a délimitées arbitrairement et transformées en colonies afin d’en pomper les ressources.

La décolonisation qui a succédé à cette période s’est opérée dans la douleur et sur fond de guerres dévastatrices et parfois fratricides !

Dopé aux profits monétaires gigantesques, l’occupant refusait de partir et lorsqu’il y fut contraint, il laissa derrière lui un terrain économique et social miné, imposant aussitôt par la force – envois de mercenaires, soutiens militaires, coups d’État téléguidés, déstabilisations… – la mise en place de gouvernements à sa botte et institutionnellement corrompus. Ces pays se sont retrouvés sous la coupe de marionnettes despotiques, avides de pouvoir autant que de profits, traîtres et cruelles envers leurs peuples, et bien entendu manipulées à distance afin de continuer le pillage, tout en endettant le pays (Bocassa, Amin Dada, Mobutu, etc., etc., tous aussi despotiques que leurs maîtres européens, puisque mis au pouvoir puis soutenus par ceux-ci en toute connaissance de cause…). Cette dette étant la garantie d’un assujettissement sur du long terme, ces pays ravagés, mais aux ressources naturelles encore nombreuses et alléchantes, ont été livrés pieds et poings liés aux multinationales et autres entreprises boursières basées aux quatre coins de la planète et toujours en cheville avec les anciens pays colonisateurs aux desseins et stratégies toujours autant machiavéliques.

Rares sont les ex-colonies qui s’en sont relevées et qui bénéficient depuis d’une véritable indépendance économique, avec une société stable, à peu près équitable et apaisée (comme les États-Unis et le Canada, qui ont fini par acquérir une vraie indépendance, mais où les populations originelles ont été pratiquement entièrement décimées et les survivant.e.s banni.e.s et parqué.e.s dans des réserves). Les pouvoirs se sont parfois déplacés, mais le système de spoliation des richesses est resté le même à peu de choses près, et la pression demeure pour empêcher tout changement majeur.

Afin de garder le marché à son avantage et sous prétexte d’une bonne gestion des dettes et des flux de capitaux, l’occident impérialiste a – entre autres – créé et imposé le FMI, institution décisionnaire, dirigée par de très hauts fonctionnaires qui sont bien évidemment choisis avec soin…

L’évolution du capitalisme ne cesse de s’adapter aux nouveaux marchés et ne cesse d’en créer et donc de créer aussi de nouveaux besoins de consommation. Les nouvelles technologies demandent de nouvelles matières premières et les nouveaux marchés ouverts touchent à de plus en plus d’aspects dans nos vies. Les conséquences du partage et de la gestion capitaliste du monde ont fini par s’insinuer dans tous les échanges et même par perturber jusqu’aux plus infimes détails de la vie de l’ensemble des individu.e.s peuplant cette planète, nous reliant les un.e.s aux autres par des liens d’intérêts et de dépendances très solides et serrés, telles des laisses tenues par le pouvoir de l’argent. Les brevets sur le vivant et les politiques agricoles arbitraires imposées par les « accords » internationaux – sous la direction d’entreprises telles que Monsento, pour ne citer qu’elle… – font bien entendu partie de l’arsenal commercial intrusif. Ce sont des armes de destructions massives des sociétés et des vies humaines, au service du capitalisme moderne.

Il est primordial de reconnaître et de considérer que ce phénomène planétaire qu’est l’exil des peuples est une des conséquences directes de la colonisation et du développement de la financiarisation du monde, et qu’il a commencé il y a bien longtemps avec la traite et l’exploitation d’Êtres Humain.e.s réduit.e.s en esclavage et déshumanisé.e.s pour être transformé.e.s en marchandise.

 

Image d’archive du pont d’un bateau négrier 

 

Bien que l’esclavage soit une pratique ancestrale d’exploitation dans de nombreuses civilisations, son développement massif à l’époque du commerce triangulaire est un des premiers jalons importants du développement du capitalisme mondial. En France, avec La Rochelle et Bordeaux, Nantes y tenait une place privilégiée et s’est très grassement enrichie et développée grâce à lui. En simplifiant un peu, voici son déroulement : trois « marchandises » pour trois étapes, à savoir : des armes, accompagnées d’autres denrées européennes appréciées en Afrique, étaient embarquées dans un des ports de la façade Atlantique. Une fois déchargée dans les comptoirs africains, des hommes et des femmes enlevé.e.s en Afrique et réduit.e.s à l’état d’esclaves remplaçaient cette première cargaison et étaient déporté.e.s outre Atlantique. Puis retour des navires vers l’Europe, remplis des productions obtenues dans les plantations grâce au travail forcé des esclaves qui avaient survécu.e.s à leur traversée de l’océan.

Ces productions – sucre, coton, cacao, etc. – étaient revendues sur le vieux continent, et une partie des bénéfices était réinjectée afin d’armer de nouveau les navires qui repartaient, lestés des armes et des objets d’échange à destination des chefs africains en commerce étroit avec les marchands européens, soutenus et armés par eux. Facteur d’enrichissement sur du très long terme (*), ce commerce continue aujourd’hui d’alimenter la finance internationale, et ce, au travers des guerres mondiales et des déplacements de lieux des pouvoirs économiques.

 

Grande maison bourgeoise de l’île Feydeau à Nantes où vivaient la plupart des armateurs nantais qui ont amassé des fortunes grâce au commerce des esclaves.

 

Politiques opportunistes, politiques de situation.

Les gouvernements occidentaux d’aujourd’hui ont beau déclarer être favorables à des politiques émancipatrices à tendances vertueuses, ils continuent néanmoins de surfer sur cette vague capitaliste hautement contagieuse et corruptrice, qui semble sans fin, et à laquelle ils sont soumis. Ils rêvent sans cesse de développement et de croissance, de nouvelles ouvertures de marchés et d’accumulation de richesses encore et encore, comme pris dans une spirale infernale. Et chaque individu de la planète est devenu un potentiel d’enrichissement pour des entreprises qui apparaissent de plus en plus comme des nébuleuses incontrôlables et intouchables.

Pour qui a le malheur de naître et vivre au mauvais endroit au mauvais moment, la vie ne vaut alors pas bien cher, et son potentiel de rentabilité a vite fait de disparaître et de le ou la transformer alors en laissé.e pour compte. Sa capacité à survivre dépendra de sa capacité à fuir loin, par tous les moyens à sa disposition…

Bien que tout ceci puisse tenir du lieu commun, il demeure néanmoins flagrant que le capitalisme reste la base à attaquer si l’on désire vraiment stopper cette hémorragie destructrice qu’est l’exil des peuples.

 

 

 À ce jour, bien qu’un grand nombre d’études universitaires, d’analyses sociétales pointues menées par des personnalités reconnues dénoncent clairement et preuves à l’appui cet état de fait, aucun gouvernement n’accepte ces points de vue et ne remet réellement en cause son propre fonctionnement destructeur. Ils appliquent au final des politiques injustes, inhumaines et potentiellement dangereuses pour la paix globale à plus ou moins long terme.

Les migrant.e.s, qui en sont les premières victimes, sont paradoxalement stigmatisé.e.s et considéré.e.s par beaucoup comme des envahisseurs indésirables, regardé.e.s de travers, voire malmené.e.s avec plus ou moins d’acharnement par certain.e.s des autochtones des pays traversés à la xénophobie croissante. Cette xénophobie est bien souvent encouragée insidieusement. Les pouvoirs en place, trop heureux de trouver des boucs émissaires et des diversions afin de dissimuler leurs intérêts réels et leur véritable objectif (qui est l’enrichissement de quelques un.e.s – dont eux bien entendu – aux dépens du plus grand nombre), n’hésiteront pas à exacerber et à instrumentaliser la paranoïa et la toujours latente peur de l’étranger de leurs gouverné.e.s… cela justifiera même leur politique sécuritaire. L’histoire se répète et les ficelles utilisées pour manipuler les masses, aussi grosses soient-elles, restent les mêmes au fil des temps…

Étant toutes et tous issu.e.s de déplacements de populations, le discours identitaire de certains partis de droite est un ramassis d’arguments non recevables, basés sur la peur, l’ignorance et une ambition aveugle et démesurée, qui explique sans doute une propension systématique du recours à la violence et leur malhonnêteté maladive. Venus de la droite, ces arguments n’ont rien d’étonnant, mais si certains partis de gauche disent s’en désolidariser, ils n’hésitent pourtant pas à ordonner des rafles et d’autres coups bas.

Cette actuelle (im)migration ne manque pourtant pas (comme tant d’autres avant elle…) d’apporter de la main-d’œuvre bon marché à certaines entreprises des plus « respectables » tout au long de sa route. De par sa clandestinité (subie), cette main-d’œuvre est corvéable à merci, et utilisable à toutes fins et à tous appétits. Sans grands soutiens et sans droits, elle est sous menace permanente d’expulsions, de sévices ou d’enfermement !

 

 

 Ces personnes en exil servent aussi parfois de monnaie d’échange ou de levier dans les négociations internationales. Un des exemples qui illustre très bien cette instrumentalisation est celui de la Turquie, véritable prison pour migrant.e.s, qui se sert de la menace de l’ouverture de ses frontières vers l’UE comme chantage à toute tentation de l’Europe de se mobiliser contre les agissements liberticides et les exactions de son actuel président-dictateur Recep Tyyip Erdogan… L’HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) s’est trouvé là un allié/complice de taille ! Et pour le peuple Kurde de Turquie, la perspective de devoir tout abandonner et de rejoindre le flux des exilé. e. s afin de fuir les pogroms et les exactions déjà en cours et en tous genres se précise de plus en plus…

Des camps de rétention un peu partout

Le HCR et nombre d’organisations internationales, pour tenter de diminuer et de maîtriser ce flux migratoire, ont mis en place et contrôlent d’immenses camps qui peuvent parfois « accueillir » plusieurs centaines de milliers de déraciné.e.s. Il existe beaucoup de ces camps disséminés dans de nombreux pays africains (rien que sur ce continent, 10,4 millions de personnes y ont été recensées en 2013…). Ils en existent aussi – plus ou moins nombreux et bondés suivant les pays – dans certains pays du Moyen-Orient, au Pakistan, en Inde, en Chine, en Malaisie, au Japon, en Colombie, à Haïti, en Amérique du Sud, aux États-Unis, en Australie…

Bref, en réponse à l’internationalisation du capitalisme, il en existe partout !!! Certaines des personnes qui y vivent (ou plutôt y survivent) peuvent y séjourner des dizaines d’années. Certain.e.s y naissent et d’autres y meurent, la durée moyenne des séjours dans certains camps africains étant de 17 ans. Ces innombrables camps bénéficient de nombreuses appellations : Centres de rétention administrative, Camps de réfugiés, Zones d’implantations de camps de travailleurs, etc. Lorsqu’il ne s’agit pas de camps de travailleurs-euses (sortes de vastes réserves de mains-d’œuvre à pas cher), l’existence de ces camps de rétention, principalement motivée par une politique d’éloignement de nos frontières, l’est aussi par la prévention de possibles révoltes qui pourraient nuire aux marchés et pillages en cours par les multinationales (par exemple dans le cas des expropriations dues aux politiques compensatoires issues des sommets environnementaux internationaux…).

 

Un camp de réfugiés syriens en Jordanie devenu ville

 

Gestion de la crise de part et d’autre.

À ce jour le flux humain de déplacé.e.s, est donc « géré » sans état d’âme, de la même façon qu’il a été créé et avec la même inconséquence !

En Europe, le bras armé et dissuasif, allié de l’HCR et chargé de repousser « l’envahisseur », se nomme « FRONTEX ». Au fil des ans, cette structure a fini par bénéficier de subventions internationales vertigineuses, indécentes ! Toujours croissantes, elles permettent un soutien logistique des plus pointus et moderne (traque, identification et fichage, renvoi au loin…). Les états européens ont fini par fournir à Frontex un statut de totale autonomie, l’autorisant ainsi à faire ses propres achats logistiques et de décider de ses recrutements, formations, stratégies et actions. Frontex s’affranchit ainsi des frontières et dédouane les pays quand ses activités sont trop scandaleuses et choquantes aux yeux de l’opinion. Elle traite aussi directement avec les dirigeants des pays de départ des migrant.e.s et avec ceux des pays traversés. On ne peut qu’être inquiet.e.s de l’évolution de cette structure, aux pouvoirs assez flous, bien que très étendus…

 

Les gigantesques sommes d’argent allouées à Frontex par les États pour éloigner ou tenter d’éviter l’afflux des exilé.e.s témoignent bien du soin apporté par les pouvoirs publics afin de renier les conséquences de leurs politiques internationales. Quant à l’autonomie autorisée, elle témoigne de leur lâcheté et de leur démission sur le terrain. Que dire du cynisme que représente cette débauche de moyens, utilisés non pas pour réparer des vies qu’ils ont brisées par leurs guerres ou leur avidité, mais bien pour les rejeter et les détruire un peu plus… ?

Face aux difficultés rencontrées, il n’est pas inutile de rappeler le courage et la résistance dont les exilé.e.s doivent faire preuve sans relâche. Malgré tout, pour beaucoup de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants qui se retrouvent sur des routes jalonnées par la haine, le mépris et le rejet, la violence rencontrée sera décisive et leur vie s’arrêtera là. Ils et elles disparaîtront alors sans laisser de trace autre que les souvenirs inscrits dans la mémoire de leurs compagnes ou compagnons de route, ou de leurs proches resté.e.s au pays ou déplacé.e.s dans des camps, mères, pères, frères ou sœurs, ou même enfants, qui en silence attendent et toujours attendront… Nulle sépulture ne témoignera de leur présence sur cette terre et de leur périlleux cheminement, ni de leur disparition, pas plus que des causes de cette disparition… Pour certain.e.s, une fosse commune creusée clandestinement par les pouvoirs locaux, dissimulée dans un terrain vague quelconque, sera la dernière demeure. Pour d’autres, c’est la mer qui s’en chargera.

Ces fins tragiques et anonymes sont pour chacune le résultat d’un crime et non d’un accident, ni d’une maladresse ou de la fatalité ! Morts violentes ou morts lentes, leurs causes premières sont toujours criminelles.

En France, en dehors des ONG officielles (parfois réellement utiles, mais dont les migrant.e.s doivent sans cesse se méfier s’ils ne veulent pas finir parqué.e.s comme des bêtes, exploité.e.s, ou pire…), les actes solidaires sincères, c’est-à-dire sans volonté d’exploitation ou d’instrumentalisation politique, sont globalement réprimés et interdits. Lorsque pour certaines ONG – ou structures religieuses ou citoyennes – ils sont autorisés, c’est pour tenter de rattraper le coup et de pallier aux graves défections des États. Alors les associations et collectifs sollicités devront se montrer très coopératives avec les pouvoirs en place et leur obéir au doigt et à l’œil : il leur sera aussi demandé de surveiller, ficher, dénoncer…

 



Parallèlement aux structures reconnues, dans tous les pays traversés, des individu.e.s ou des collectifs militants se mobilisent coûte que coûte (plus ou moins clandestinement) afin d’aider les exilé.e.s. Ces efforts sont parfois salutaires, mais hélas largement insuffisants. Internationalement, les sbires armé.e.s garant.e.s de la loi (en uniformes ou pas…), tout comme les tribunaux et les services de l’immigration sont à quelques exceptions près dramatiquement borné.e.s et malveillant.e.s, et peuvent aller jusqu’à être cruel.le.s et sadiques. Couverts – et même quelques fois encouragés – par leur hiérarchie, avilis par leur fonction répressive, ces services administratifs et de police n’hésiteront pas à maltraiter physiquement et/ou psychologiquement les migrant.e.s à leur merci, ainsi que leurs soutiens locaux indésirables (dans une bien moindre mesure cependant, tout du moins en France…).

Bien que l’exode migratoire et l’hécatombe qui grandit chaque jour sont de plus en plus médiatisés et sur le devant de la scène du grand théâtre des déclarations politiques (au point même qu’ils deviennent un sujet quasi banal dans la bouche des élu.e.s en place ou en devenir, sujet rabâché, postillonné, mâché et recraché chaque jour sans pudeur ni complexes), aucune autre perspective que cette hécatombe et que la répression qui la ponctue n’est envisagée. Le fond du problème n’est jamais abordé ! Les discours simplistes et les promesses fallacieuses ou tout bonnement menaçantes, sur la gestion de ces situations complexes de migrations humaines, ne serviront jamais qu’à aggraver durablement la situation et non pas à régler quoi que ce soit.

Le marché des bombes.

Parallèlement à la production de misère par le capitalisme, il est bien évidemment indispensable de produire d’énormes et croissantes quantités d’armement divers et varié. Le marché qui en découle est des plus juteux et l’utilisation et la dissémination de ces arsenaux, au-delà d’être une force d’assujettissement, est une menace sans cesse plus précise d’un chaos, voire d’un anéantissement, généralisé.

Les intérêts qui unissent les marchands d’armes aux investisseurs internationaux sont indissociables et complémentaires. Les assassinats, les guerres ou tout autre conflit meurtrier ne sont que les pendants des fortunes accumulées par ces grands prédateurs.

Avenir ?

S’il doit arriver, loin est ce jour où les déséquilibres destructeurs délibérément créés et entretenus se réduiront. Loin est l’avènement d’un monde ou les individu.e.s auront enfin compris que l’enrichissement à tout prix est synonyme de misère, de morts, et de la perte généralisée de notre humanité, comme de la destruction croissante des chances de survie de l’espèce humaine sur cette terre. Seules la lutte, la solidarité et l’information peuvent changer la donne, et il faudra se battre encore longtemps avant que ne soit reconnue la vraie valeur de la vie (une valeur non monnayable). Tant que le mot d’ordre général sera l’enrichissement à tout prix et la marchandisation des vies et des êtres, des millions de personnes se retrouveront sur les routes, car l’exil sera pour elles la seule solution envisageable…

Dit autrement : si, comme le capitalisme l’induit inévitablement, l’optique principale de l’organisation de nos sociétés est de nous enrichir les un.e.s sur le dos des autres, si c’est ce à quoi en sont principalement réduits nos rapports sociaux, qu’ils soient proches ou planétaires, si c’est là l’unité d’évaluation commune de la valeur de nos vies et leur finalité concrète, hormis une remise en question radicale de notre vision du monde et de nos attitudes envers les autres – qui au même titre que nous l’habitent – rien ne pourra dévier notre trajectoire d’un chaos complet et peut être définitif… qui passera encore pour beaucoup d’entre nous par la case exil.

 

 Plus l’on s’enfoncera dans l’actuel fonctionnement du monde et plus rares seront les endroits sur la planète qui pourront prétendre à une paix durable et au confort d’une sédentarisation sereine, basée sur des relations ouvertes.

Les perspectives pour évoluer globalement vers un monde viable et vivable imposent aussi de sortir du schéma préétabli en vigueur d’appartenance à un territoire, ou chaque frontière est une négation de l’Autre. La « fierté » de garantir la survie et la sécurité de cet Autre – et donc à terme de la sienne propre… – va fatalement devoir passer devant celle d’appartenir à une nation aux frontières définies par des guerres et des tueries. C’est le consensus global sine qua non pour un équilibre durable ; et même, au rythme où vont les choses, pour UN AVENIR tout simplement.

(*) Un exemple parmi tant d’autres de l’hégémonie du capitalisme d’hier qui se perpétue dans nos habitudes de vie actuelles est notre dépendance au sucre. Grâce au commerce, puis au travail des esclaves, les exploitations sucrières ont très vite proliféré outre Atlantique. Le marché du sucre à alors explosé en Europe, et ce produit issu des plantations s’est alors imposé dans la vie des Européen.e.s qui précédemment vivaient très bien sans (denrée d’alors très rare, issue des quelques plantations du pourtour méditéranéen et des açores, prémisses des plantations amérindiennes, qui fonctionnaient déjà grace aux esclaves). Et depuis, chaque jour, nous sommes les actrices et acteurs de ce marché directement hérité du commerce triangulaire, consommateurs plus ou moins volontaires, et plus ou moins victimes et coupables à la fois… Car si l’esclavage est censé avoir disparu, les conditions de travail autour de la canne à sucre ne sont toujours pas équitables, tant s’en faut (mis à part la mécanisation, elles n’ont guère évolué en fait). L’enrichissement de quelques-uns y est toujours dû au sacrifice de vies de travail acharné, très mal rémunéré et dans de très dures conditions, pour des travailleurs.euses qui n’ont pas d’autre choix…

 

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Le 19 mars, une Marche pour la Justice et la Dignité

Nous relayons l’appel à la marche pour la justice et la dignité qui aura lieu le 19 Mars à Paris.

Le tract est téléchargeable ici
Depuis Nantes et la Zad des gentes s’organisent pour y aller en car, vous trouverais les informations ici.

Le 19 mars, une Marche pour la Justice et la Dignité

Un par mois. C’est, en moyenne, le nombre de pères, de frères, de fils que nous perdons à cause de la brutalité des forces de l’ordre. Une brutalité qui prend plusieurs formes : des techniques de pliage qui conduisent à l’asphyxie des victimes aux coups de poings, de balles ou de Taser qui, dans les pires des cas, s’avèrent mortels. Continue reading

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Sur nantes, en cas d’expulsion de la ZAD

Depuis plusieurs semaines, nous nous organisons en AG sur Nantes en vue de la possible expulsion de la ZAD.

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Menaces d’expulsions et de démarrage des travaux sur la ZAD

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Appel à tous les comités et personnes solidaires

Réactions en cas d’opération policière, d’expulsion ou de démarrage de chantiers de l’aéroport (source : https://zad.nadir.org)

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Soirée information et discussion avec des habitant·es et des opposant·es au projet

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